Critique: Le Salaire De La Peur

Publié le par superboubouge

Rien ne se passe à Las Piedras, un patelin chaud et poussiéreux du Venezuela. Les hommes de cette ville attendent une opportunité pour sortir de cet enfer. Un jour, ces pauvres types ont enfin l’occasion d’obtenir l’argent qui leur permettrait d’échapper à la pauvreté, un des puits de pétrole a explosé, la compagnie cherche quatre hommes pour transporter dans deux camions de la nitroglycérine jusqu’au foyer de l’incendie. Le corse Mario, le gangster parisien Jo, le maçon italien Luigi et l’allemand Bamba sont engagés et c’est le début de leurs vrais ennuis…

 

Classique français, protagoniste du road-movie, Le Salaire De la Peur de Henri Georges Clouzot marqua son époque par son côté existentiel, ses acteurs d’un réalisme époustouflant et son rythme qui va crescendo.

 

Tout d’abord la distribution cosmopolite composée des grands Yves Montand et Charles Vanel suppléés par l’américain d’origine allemande Peter Van Eyck et Antonio Centa. Ces quatre protagonistes se divisent en deux groupes : Montand-Vanel et Van Eyck-Centa pour conduire les deux camions à bon port. Montand joue Mario, un jeune corse qui s’est établi à Las Piedras et est tombé amoureux d’une jeune vénézuélienne, Vanel joue Jo, qui devait être interprété par Jean Gabin, un vieux gangster qui veut lui partir au plus vite de ce trou et prêt à tout même à prendre la place . Au début, tous les opposent, Mario admire Jo et de sa sagesse même si c’est un fumiste alors que Jo admire la jeunesse de Mario mais le trouve trop borné. La jeunesse contre la vieillesse. Magistralement interprété, les deux acteurs font bien ressentir la tension qui monte entre les deux personnages et sont d’un réalisme incroyable grâce à une superbe justesse, Vanel et Montand alternent toutes les émotions possibles (la peur, la tension, la joie…),les scènes d’engueulades sont époustouflantes de vérité et le passage du pétrole où Jo se fait écraser est une scène d’anthologie. La performance des acteurs va crescendo dans l’émotion plus la tension et la peur augmentent. Ils participent entièrement à cette tension du film. L’évolution des personnages durant ce voyage (Jo qui devient une misère tandis que Mario n’aura que dans ses yeux la possibilité de recevoir son gain) est aussi magnifique. Dés le début du film, on sent que ce sera leur dernier voyage. Tout simplement grandiose. Le second duo est caractérisé par l’opposition entre deux cultures différentes, un allemand et un italien. Les deux acteurs livrent une bonne interprétation et présentent bien les stéréotypes de leurs origines et paraissent plus tranquilles que le premier duo jusqu’à leur terrible accident.

Une superbe distribution.

 

Pour la réalisation, le grand Henri-Georges Clouzot entreprend un véritable tour de force cinématographique : pistes étroites, nids de poules, virages en épingles à cheveu, projection de pierres et conflits internes amènent sans cesse nos compères au bord de la mort. Tout cela tourné en Camargues, dans un noir et blanc sublime avec l’apogée de ce dernier durant la mythique scène du passage du pétrole par le camion. Au début Clouzot présente longuement (mais c’est nécessaire) les personnages et leurs caractères pour ne pas à avoir à le faire durant le trajet et pour instaurer dans ce dernier la tension et ne pas la quitter ni la diminuer. Le noir et blanc atténue aussi l’effet de la noirceur du film et présente un caractère poignant. Il alterne les passages périlleux avec de la tension et ceux avec de l’émotion et de la psychologie avec maestra. Certains plans séquences sont magnifiques grâce à de superbes mouvements de caméra, un vrai cours de cinéma. Clouzot incorpore un certain pessimisme, les quatre hommes ne peuvent s’en sortir vivants de cette aventure, ils ont tous une chose qui les attend après ce voyage et ils ne pourront pas l’atteindre. Les morts tous tragiques sont magnifiquement réalisés notamment la dernière, celle de Mario qui meurt après avoir reçut son gain. La réalisation de cette fin est originale avec un montage parallèle entre cette mort, le camion qui se renverse et la fête à Las Piedras, tout cela sur la musique du Beau Danube Bleu. Le film présente un échec jusqu’au bout, la misère au début, la mort à la fin, un vrai road-movie existentiel.

 

Le scénario a été co-écrit par Georges-Jean Arnaud et Henri-Georges Clouzot dont ils se sont inspirés du roman « Le Salaire De La Peur » du premier cité.

 

Grand film du patrimoine français, Le Salaire De La Peur fut un succès critique (festival de Cannes, Ours d’Or à Berlin) et publique, il marqua l’apogée de Clouzot et le début de l’excellente carrière de Montand.

 



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