Critique: La Strada

Publié le par superboubouge

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Zampano est venu chercher Gelsomina qu’il vient d’acheter à sa mère pour 10 000 lires et veut l’emmener dans la roulotte qu’il a aménagée sur sa moto. Zampano est un hercule de foire, un bateleur qui se donne en spectacle sur les petites places des villages. Gelsomina sera son assistante : elle battra le tambour, sera le clown et rassemblera la monnaie. Ainsi elle quitte pour toujours son pauvre foyer au bord de la mer.

 

Durant la cérémonie du lion d’argent à Venise, une guerre éclata entre les supporters de Visconti et de son Senso et ceux de Fellini et de la Strada. C’est aussi une opposition entre deux camps, ceux de la gauche avec un néoréalisme en perte de vitesse et les conservateurs qui prônent les valeurs catholiques. Les premiers se sentirent par leur ancien allié, Fellini, qui a réalisé, selon eux, un film abstrait, individualiste et traversé d’idées religieuses.

 

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La distribution internationale est constituée d’acteur confirmé qui connaitront la gloire avec ce film : l’italienne Giuletta Masina (Les Nuits De Cabiria, Juliette Des Esprits, Ginger Et Fred, …), l’américano-mexicain Anthony Quinn (Viva Zapata !, Lawrence D’Arabie, Zorba Le Grec, …), et l’américain Richard Baseheart. Le film est principalement basé sur les oppositions entre ces trois personnages. Commençons par le « couple » et les principaux protagonistes du film. Giuletta Masina interprète Gelsomina, une petite jeune femme, enfantine et naïve qui aime la vie et est très curieuse. Elle est passionnée par son travail artistique et essaye toujours de l’améliorer. Le total opposé du personnage incarné par Anthony Quinn, Zampano, homme brutal et hargneux, endurci par son travail d’homme de foire et par sa vie de route. Il est désintéressé du monde qui l’entoure et, au contraire, de Gelsomina fait son travail sans envie, mécaniquement. Gelsomina est heureuse en clown dés qu’elle porte son chapeau où souffle dans la trompette, dont elle heureuse comme un enfant à chaque vision, tandis que la seule fausse note est sanctionnée par Zampano d’un coup de baguette. L’émotion les divise aussi, l’un est insensible tandis pour l’autre tout l’émeut. Leurs personnages dans le cirque est presque une métaphore de leur être, le clown et la brute. L’une a tout à apprendre à la vie tandis que l’autre n’a que l’argent a gagné. Les multiples rencontres avec le funambule Matto (« le fou ») vont tout chambouler. Pour lui, le travail est un jeu, l’art est toute sa vie. Gelsomina s’intéressera et apprendra beaucoup de ce personnage optimiste, taquin et provocateur pour qui tout à un sens et tout est bon. Une opposition entre lui et Zampano éclatera et c’est le plus fort par la force, et non par l’esprit, qui triomphera tandis que l’autre y laissera son âme. Matto représente en partie l’aspect religieux du film et donc les reproches des néoréalistes italiens. Les performances du couple sont  tout à fait exceptionnelles, notamment Giuletta Masina, la femme de Fellini, dont son jeu se concentre dans ses regards, ses expressions, ses mimiques, elle est poignante de réalisme et de poésie mêlés, personnage touchant s’il en est et sans malice. Anthony Quinn est admirable de présence et de force dans ce rôle brutal mais qui restera sur une note émouvante.

 

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La réalisation est signée par le maître italien Federico Fellini (Les Vitelloni, Il Bidone, La Dolce Vita, Huit Et Demi, Amarcord, Satyricon, …). Il impose dans le début des années 50 son univers et un néoréalisme très personnel qu’il continu avec La Strada. Le film possède toutes les caractéristiques du mélodrame (musique, personnages pathétiques ou monstrueux), mais il est bien plus que cela. C’est aussi une parabole sociale poétique, un conte sur fond de road movie et surtout une triste histoire d’amour. Les séquences célèbres du film sont inoubliables: Gelsomina vendue par sa mère; les trajets sur les routes sur un lamentable triporteur roulotte ; la noce champêtre et la visite d'un enfant malade et reclus ; la rencontre de Gelsomina avec l'équilibriste, puis avec une religieuse dans un couvent; la bataille de Zampano avec Il Matto qui regarde sa montre brisée et tombe mort ; Zampano qui apprend la mort de Gelsomina, regarde le ciel et pleure sur la plage. Fellini utilise un noir et blanc magnifique qui comme le disait Orson Welles, « embellit les acteurs » et qui surtout oppose avec des contrastes les personnalités des protagonistes tout en gardant un grand naturel. La caméra capte toutes les émotions des acteurs et rend bien la solitude des personnages notamment pour la fabuleuse scène finale.  Le road movie est très bien orchestré avec peu de temps mort et avec des plans extérieurs tout aussi magnifiques les uns que les autres. Une grande réussite.

 

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Le scénario a été coécrit par Fellini, Tullio Pinelli et Ennio Flaiano.

 

La merveilleuse musique a été composée par l’inévitable Nino Rota partenaire favori de Fellini.

 

La Strada est le premier grand succès international de Fellini, oscar du meilleur film étranger, il se situe dans la période néoréaliste de son réalisateur et pourra permettre au réalisateur d’entrer dans un univers baroque avec La Dolce Vita et son film le plus ambitieux Huit Et Demi.

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