Critique: La Soif Du Mal

Publié le par superboubouge

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A Los Robles, petite ville frontalière entre les Etats-Unis et le Mexique, l’explosion d’une bombe tue un notable. L’enquête qui s’en suit oppose deux policiers Vargas, haut fonctionnaire de la police mexicaine, en voyage de noces avec sa jeune épouse américaine, Susan, et Hank Quinlan, un homme véreux. Vargas découvre alors les méthodes peu orthodoxes de ce dernier.

Dix années après son dernier film hollywoodien, Macbeth, Orson Welles se voit offrir la réalisation de La Soif Du Mal dont au départ il ne devait qu’interpréter un des rôles. Le film devenu maudit, les producteurs ont raccourcis le montage d’où la lettre adressé au début du film. 10 années ont fallu pour que le film soit reconnu à sa juste valeur, c'est-à-dire un grand film avec une intelligence de montage et de prises de vue et un duel au sommet entre deux pointures du cinéma.

 

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La distribution est composée de grandes stars des années 50 : Charlton Heston (Sous Le Plus Grand Chapiteau Du Monde, Les Dix Commandements, Ben-Hur, La Planète Des Singes, Soleil Vert, …), Orson Welles (Citizen Kane, Le Troisième Homme, La Dame De Shanghai, …), Janet Leigh  (L’Appât, Psychose, …) et Marlene Dietrich (L’Ange Bleu,  Shanghai Express, L’Impératrice Rouge…). Un duel se met rapidement en place entre les deux policiers d’origines différentes, la Soif du Mal fonctionne sur l’opposition entre deux flics que les morales semblent opposer diamétralement. Orson Welles impose sa stature dans le rôle du corrompu Quinlan tandis que la grande star Hollywoodienne de l’époque, Charlton Heston n’a aucun mal à incarner un héros à priori totalement vertueux. Le film navigue entre le bien et le mal, au début Heston est présenté comme le bien et Welles le mal. Les situations vont changer avec notamment Vargas qui devient un personnage individualiste, laissant son voyage de noce pour résoudre l’affaire et dénoncer le gang local. Quant à Welles, il garde son statut de policier corrompu qui invente des preuves pour satisfaire ses intuitions et tuent ses faibles ennemis. Les deux personnages présentent la corruption des villes frontalières même si Heston lutte pour une juste cause. Les deux personnages ne seront, à la fin, pas aussi opposés que cela, en effet ils ont recours aux mêmes manières pour arriver à leurs fins (tuer et cogner). Les deux acteurs sont au mieux de leur forme, un Welles méconnaissables en gros policier et un Heston brun, moustachu et bronzé pour deux pour deux interprétations énormes d’intensités, de puissances et de présences. Pour les suppléer, les producteurs choisissent Janet Leigh pour le rôle de la femme de Vargas. Elle a joué une grande partie des scènes avec un plâtre au bras sauf la scène où elle est  agressée au motel (Hitchcock en a-t-il fait un lien avec le motel de Bates ?)Interprétation très convaincante et émotive de l’actrice. Une autre partie du mal est présente avec Marlene Dietrich dans le rôle très ambigu de Tana personnage maléfique qui va permettre à Quinlan de révéler une part de bonté. Notons par ailleurs de la bonne interprétation de Akim Tamiroff en Grandi. Un autre ami d’Orson Welles fait son apparition au générique avec un petit rôle, Joseph Cotten en médecin légiste.

 

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La réalisation contient admet plusieurs hypothèses sur la présence d’Orson Welles (Citizen Kane, La Splendeur Des Amberson, La Dam De Shanghai,…) derrière la caméra : est-ce que Heston a poussé pour Welles ou est ce que le producteur qui avait enrôlé Welles pour un rôle dans un autre film l’a choisi. Débutons par le commencement et quel plan séquence ! Le plus beau ? Peut-être, chacun fera son choix mais ce plan réalisé avec une grue est tout simplement magistral. Le génie de cinéma éclate avec maestria, donnant le vertige et coupant le souffle. Car ce travelling sur grue est d’une composition certes impeccable mais d’une densité dramatique implacable : la bombe va exploser. On suit une bombe transportée dans une voiture pour causer un attentat sur le conducteur. Une réalisation proche à celle-ci sera reprise par Coppola pour Conversation Secrète. Ce plan séquence qui prend la ville de haut montre la frontière entre les deux pays. Le film reprend les traits du film noir (nuit, enquête policière, personnages ambigus, …) et utilise un noir et blanc très contrasté, magnifique, travaillé pour opposer le bien et le mal avec des ombres menaçantes et des éclairages malveillants. A son habitude Welles utilise des plans sublimes en enchaînant des grands angles, des plongées, contre plongées, et plans séquences. Chaque personnage à sa position de caméra (Quinlan : contre plongé, caméra fixe pour Grandi. Les scènes tournées en voiture sont innovantes et annoncent la fin des prises en voiture avec transparent. La scène finale est elle aussi tout à fait exceptionnelle avec  des effets sonores (le talkie walkie)  géniaux, un suspens haletant allant crescendo et un jeu des acteurs au diapason. Bravo l’artiste.

 

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Le scénario est adapté de l’œuvre de Whit Masterson, Badge Of Evil. Orson Welles a modifié beaucoup d’éléments et notamment le lieu de l’action et en réadaptant l’histoire pour une dualité entre les deux policiers et entre les deux frontières. Anecdotes : le tournage se déroulant la nuit, Welles passait ses journées à réécrire les scènes et donnait les nouveaux scripts, à l’équipe technique et aux acteurs, juste avant le tournage.

Après son premier grand chef d’œuvre, Citizen Kane, Welles récidive avec La Soif Du Mal et montre à nouveau sa maestria dans la réalisation avec ce plan séquence mythique et sa direction d’acteur. Le film fut saccagé par les producteurs qui l’ont raccourci et devenu un film maudit.

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