Critique: La Vie Est Belle

Publié le par superboubouge

Bedfords Falls, Etats-Unis. Le jeune George Bailey sauve son frère de la noyade et perd en même temps l’usage d’une oreille, il empêche l’envoi d’un poison par son patron, un pharmacien. Plus tard adulte, il reprend l’affaire de son père avec son oncle, une banque pour améliorer les conditions de vie des habitants et doit faire face au diabolique Mr Potter. Un ange lui vient en aide alors qu’il était proche du suicide…

En décembre 1946, vers le 25, sort La Vie Est Belle de Frank Capra et devient l’hymne cinématographique de noël et un des grands chefs d’œuvre du cinéma grâce à son humanisme, sa distribution pleine de grands acteurs et une réalisation en noir et blanc magique.

Pour la distribution, Frank Capra, grâce à un gros budget, propose les rôles à des grandes stars de l’époque entre les vieilles connaissances : James Stewart (Mr Smith Au Sénat, Indiscrétions, Fenêtre Sur Cour, Vertigo, L’Homme Qui Tua Liberty Valance,…), Lionel Barrymore (A Free Soul,…), Thomas Mitchell (Mr Smith Va Au Sénat, Autant En Emporte Le vent, La Chevauchée Fantastique,…) et des acteurs de John Ford : Ward Bond (Autant En Emporte Le Vent, La Poursuite Infernale, La Prisonnière Du Désert, …) et Donna Reed. Le grand James Stewart interprète George Bailey, un personnage proche de celui de Mr Smith, c'est-à-dire humaniste, lunaire, bienveillant et un peu naïf mais il était surtout grandiose dans la dernière partie avec une totale décomposition de son personnage qui rompt avec cet aspect lisse qui laisse place à du chagrin et une détresse. Un rôle tout dans l’émotion joué avec une magnifique justesse. Il alterne avec brio les rires, la joie, les pleurs et l’amour. Il forme un couple émouvant avec Donna Greed en Mary Hatch, tout aussi magnifique. Thomas Mitchell joue Oncle Billy, l’oncle joyeux mais brouillon de George Bailey, qui perdra une enveloppe pleine d’argent et mettra en difficulté la banque Bailey et qui engendrera la dépression de George. Une excellente interprétation comme à son habitude tout comme Ward Bond en officier de police de la ville, Bert. Le méchant de l’histoire, l’horrible Monsieur Potter, est interprété par l’acteur de D.W. Griffith, Lionel Barrymore. Il est parfait dans ce vieil homme aigri dont les seuls intérêts sont l’argent, les bénéfices et de couler la banque Bailey, qui est capable des pires chantages pour arriver à ses fins et qui se moque éperdument du confort des petits gens qu’il considère comme des moins que rien. Pour finir, Henry Travers est tout simplement extraordinaire en ange Clarence qui doit aider George pour obtenir ses ailes. Tout dans l’humour, l’ironie et la joie, la scène dans le bar est le meilleur exemple. Du grand rôle. On ne peut que s’incliner devant la justesse et la variété du casting.

Après de nombreuses  années d’attentes, Frank Capra peut enfin réaliser le film qu’il voulait tant, La Vie Est Belle. Le film s’ouvre à la manière d’un conte de Noël et trouve sa construction dans un flash-back relatant l’existence de Georges Bailey. Les effets visuels avec les étoiles (les anges) qui discutent entre elles sont excellents pour l’époque et présentent directement un charme et une magie qui dureront sur tout le film. Le rêve américain, cher à Capra, est ici transposé à travers les désirs d'évasion de Georges Bailey ; le besoin de découverte qui l’anime rappelle celui des immigrants, sa grande ambition étant en effet de poursuivre ses études d’architecture et devenir explorateur. Son humanisme, prêt à faire des sacrifices pour sa ville (quand il prête son propre argent) et sa lutte contre le terrible méchant, Potter ici, sont les valeurs qu’ont retrouvent souvent chez Capra. La vie de George Bailey retrace la vie économique et sociale des Etats Unis dans l’entre deux guerres avec notamment la crise de 29. Comme pour Mr Smith Va Au Sénat, il y a une lutte entre David et Goliath, avec Potter en méchant capitaliste cupide et véreux. Outre le côté optimiste du film et de la victoire de Bailey sur Potter, un certain pessimisme se met en place à la fin avec ce personnage qui perd confiance et dont les faiblesses ressortent et cette crise de 29 terrible pour les petits gens. Sur la forme, Capra a tout juste avec une photo superbe en noir et blanc qui contraste les moments de bonheur et de tristesse, une variation de tons en passant rapidement du sourire aux larmes en captant magnifiquement toutes les émotions des personnages. Les moyens donnés à Capra permettent de créer des décors sublimes dans les studios de la RKO en Californie. Le mélange des genres est tout aussi formidable passant de l’histoire d’amour, à la lutte contre le mal, puis au genre fantastique. La maitrise de Capra est présente dans la dernière partie où l’ange apparait au moment critique du film sans tomber dans le mièvre. Le film garde tout au long une magie ambiante et beaucoup de poésie appuyée par la superbe photo et son jeu de lumières. Du grand art pour une œuvre touchante.

Le scénario a été coécrit par Frances Goodrich, Albert Hackett, Frank Capra, Jo Swerling, d’après l’œuvre « The Greatest Gift" de Philip Van Doren Stern.

Grand chef d’œuvre du cinéma, La Vie Est Belle de Frank Capra, marqua a tout jamais la culture américaine même s’il fallu plusieurs années pour être reconnu à sa juste valeur, le film fut un semi échec à sa sortie malgré sa grande distribution et sa magnifique réalisation. Un film qui nous rempli de joie, c’est çà la marque des grands. Quand on voit ce film, on se dit vraiment que : « la vie est belle ».



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