Critique: Qui A Peur De Virginia Woolf?

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George, professeur d’histoire, et sa femme Martha, fille du proviseur, passent la soirée à boire, à s’insulter et à s’humilier. Ils invitent, après un diner organisé par l’université, Nick et Honey, deux jeunes époux, à une petite soirée chez eux. Commence alors un jeu cynique où le couple va se déchirer…

Premier film de Mike Nichols (Le Lauréat), Qui A Peur De Virginia Woolf ? est l’archétype du huit clos, des acteurs au meilleur de leur forme, une réalisation intense et des dialogues percutants, tout pour faire un grand film.


Huit clos oblige, seulement quatre acteurs forment la distribution dont le fameux couple mythique Burton-Taylor qui avait déjà joué peu de temps auparavant un film ensemble, Cléopâtre. Tout d’abord, la grande Elizabeth Taylor (Géant, Une Place Au Soleil, Une Chatte Sur Un Toit Brulant, Cléopâtre…) rompt, pour ce film, totalement son image de femme glamour et sensuelle pour une femme mûre sur maquillée attirée par un jeune garçon. Elle est à la fois triviale, obscène, vulgaire, drôle, pathétique, cruelle, alcoolique, démente, désespérée et bouleversante. Tout cela sans sur jouée, tout dans la justesse, elle tout simplement monumentale tout comme Richard Burton (Cléopâtre, L’Homme Qui Venait Du Froid) en homme tourmenté qui manigance son coup tout au long de la soirée pour humilier sa femme et son rival Nick. Sa performance est hors du commun, avec un regard et un visage qui deviennent de plus en plus fiévreux plus l’acteur boit de l’alcool et une présence exceptionnelle, tout comme Taylor. Les humiliations entre les deux personnages sont un vrai régal. Les deux forment un couple médiocre et s’humilient pour oublier leur vie morose. Le couple de jeune est interprété par George Segal et Sandy Dennis. George Segal joue l’opposé de Richard Burton, un jeune professeur de biologie talentueux voué à une belle carrière et qui boit très peu. Le rôle est totalement passif puisqu’il tombe, sous l’effet de l’alcool, sous le charme de la femme mûre. Bonne interprétation simple et juste de George Segal. Sandy Dennis joue la petite amie de ce dernier, qui est presque durant toute la soirée totalement ivre et devient le jouet dans le plan machiavélique de Richard Burton. La composition des deux femmes fut récompensée aux oscars, alors que Richard Burton fut vaincu par Paul Scofield pour Un Homme Pour L’Eternité. Anecdote : les deux acteurs principaux étaient durant la plupart du tournage ivre.


La réalisation est confiée au jeune Mike Nichols (plus tard Le Lauréat), qui décide de tourner le film dans un noir et blanc très contrasté et très beau. Il alterne les différents plans passant du large aux gros plans sur les visages et en rajoutant des images flous pour montrer l’effet de l’alcool. Les gros plans sur les visages sont marqués par la tension des personnages (ex : la sueur de Burton) et les plans sur les personnages qui s’enchaînent rapidement lors des disputes forment une réalisation nerveuse, efficace et intense. Aucun temps mort dans le film, l’action se suit parfaitement bien ainsi que les dialogues et les jeux d’humiliations qui se succèdent  à une vitesse phénoménale.  Surtout il évite de filmer comme pour une pièce de théâtre.


C’est le scénariste de La Mort Aux Trousses qui fut chargé d’adapter la pièce à scandale d’Edward Albee, elle est basée sur les dialogues incisifs mêlant les injures et les petits jeux horribles que se livrent le vieux couple. Le fond de l’histoire reste assez complexe avec cet enfant créé par Martha pour combler le vide et dont George se sert pour l’humilier. Les différents fantasmes de George qui tue une centaine de fois sa femme sont des grands moments. La peur de la réalité est le point important de l’histoire, l’enfant fictif est l’exemple de cette peur. Les altercations furieuses et les dialogues méchants à la limite de la censure n’ont rien perdu de leur force et sont les raisons qui obligèrent la production à introduire le R-Rating, film pour adultes.

Qui A Peur De Virginia Woolf ? est pour moi un vrai coup de cœur grâce notamment à son interprétation fantastique du duo Burton-Taylor et à sa cruauté.  



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