Critique: La Horde Sauvage

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Des hommes chevauchent lentement en direction d’une ville, Pike Bishop et ses hommes atteignent leur destination : le bureau de paye de la compagnie de chemin de fer qu’ils veulent cambrioler sans attirer l’attention. D’autres personnages les observent sur les toits pour empocher la prime promise à celui qui mettra la main sur Bishop et sa bande. L’un des bandits ayant repéré les tireurs, Bishop organise leur fuite. Alors que la rue grouille de passants, les chasseurs ouvrent le feu et tirent au milieu de la foule. Les balles fusent, les habitants sont pris pour bouclier humain, des chevaux s’effondrent, un des hommes blessés implorent à Bishop de l’achever ce que ce dernier fait sans hésiter. La bande de Bishop réussisse à s’enfuir…

Cette première scène présente bien la révolution du genre qu’est le « western crépusculaire » de Sam Peckinpah, La Horde Sauvage. Adieu les héros sublimes joués par John Wayne, la morale des gentils face aux méchants, bonjour les massacres avec explosions d’hémoglobines, des héros sans fois ni lois. Le film est le symbole du pessimisme de la fin des années 60 et du début des années 70 lié notamment à la guerre du Vietnam.


Pour interpréter les rôles d’une bande de tueurs vieillissants, les producteurs choisissent des acteurs renommés en fin de carrière dont les grands William Holden (Boulevard du Crépuscule, Le Pont De La Rivière Kwaï) et Edmond O’Brien (La Comtesse Aux Pieds Nus, L’Homme Qui Tua Liberty Valance) en y associant Ernest Borgnine (Johnny Guitar). Les deux premiers sont, à leurs habitudes, excellents, Holden imposant et charismatique  en chef sans scrupules qui veut réussir un dernier coup pour une bonne retraite, tandis que O’Brien campe «  le vieux sage » de la bande. Les différentes émotions, la joie durant les massacres, les moments de tension dans la bande…, sur le visage de Holden confirment encore son grand talent. O’Brien toujours avec le sourire est un délice comme dans L’Homme Qui Tua Liberty Valance de John Ford, son meilleur rôle. Ernest Borgnine, en bras droit de Bishop le complémente bien et on trouve aussi l'excellent Robert Ryan en homme stupide et cupide avec tout de même une certaine dignité.


La réalisation, confiée à Sam Peckinpah qui avait avant ce film une image pitoyable, est le point important du film tant elle est originale et s’éloigne de celle du maître du western, John Ford. En effet, elle cible la violence de l’action et la rend belle et presque poétique avec de nombreux très beaux ralentis. Les personnages sont comme l’action, violents, sans âmes… Peckinpah abandonne l’ancien cliché des westerns dans lequel de tels conflits se finissaient au cours d’une ultime confrontation homme à homme. L’atmosphère et l’époque ont aussi changé, les indiens sont remplacés par les mexicains, encore plus brutaux, les femmes ne servent qu’aux plaisirs des hommes et c’est la fin des merveilleux paysages de Monument Valley. Le réalisme, des décors naturels pour la plupart, mais aussi des fusillades, aussi violentes que celles qui se déroulaient à la sortie du film,  est bluffant. Entre les massacres Peckinpah s’attarde, tout de même, sur la personnalité des « héros » ce qui les rend plus touchants et proches du spectateur. La fin symbolise bien le changement avec le western traditionnel, la situation pour les personnages principaux est sans issue alors que dans les anciens, les héros s’en sortent toujours même dans des situations impossibles. Dans l’univers de Peckinpah, même les enfants et les femmes sont heurtés par cette violence comme le montre la première séquence du film où des enfants s’amusent et rient à emprisonner un scorpion livré à des fourmis rouges. Cette scène représente le film, les personnages principaux vont vers une destinée tragique sans issue, et à la dernière image est les survivants du massacre qui rient.


Le scénario a été écrit pour le cinéma par Wallon Green puis réadapté par Sam Peckinpah qui voulait un film encore plus sanguinaire.

La Horde Sauvage est devenu avec le temps un incontournable et classique du genre et fut la rampe de lancement de la carrière de Sam Peckinpah. Pour moi, c’est un excellent western que j’apprécie beaucoup comme les westerns spaghettis de Sergio Leone mais ces films restent, tout de même, loin des chefs d’œuvre de John Ford et Howard Hawks. 3.5/4



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