Critique: La Règle Du Jeu

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Revenant d‘une traversée de l‘Atlantique en avion, André Jurieux est accueilli par une foule en délire. Il aperçoit son ami Octave qui le félicite, et il lui demande où est Christine, pour qui il a fait cet exploit. Celle-ci est absente et André, furieux, s’en prend à elle lors d’une interview radiophonique. On la retrouve dans sa chambre, s’apprêtant en écoutant les nouvelles à la radio. Elle retrouve son mari Robert, qui la taquine sur sa relation avec André. Mais Robert reçoit un coup de téléphone de Geneviève, sa maitresse, qui le presse de quitter Christine alors que lui est lassé de cette relation adultère. Les protagonistes sont invités, avec des amis, à Sologne chez Robert…

Film maudit à sa sortie (hués des spectateurs et des critiques, films coupés à plusieurs reprises, le négatif original a été détruit durant un bombardement allié), La Règle Du Jeu est devenu grâce à La Nouvelle Vague, notamment, un classique du cinéma français, et un grand chef d’œuvre du cinéma.


La distribution a du être changée à de multiples reprises à cause du choix de Renoir de créer sa société de production. Jean Gabin, Simone Simon, Claude Dauphin, et Fernand Ledoux ont refusé les rôles pour diverses raisons. Jean Renoir choisit alors des anciennes connaissances (Marcel Dalio, Julien Carette, Gaston Modot) associés à des acteurs confirmés. La puissance de cette distribution tient à la diversité des personnages et bien sûr aux excellentes interprétations des acteurs. Celui qui m’aura le plus marqué est, sans aucun doute, Julien Carette en Marceau, le braconnier. Exceptionnel, comme dans la Grande Illusion, il apporte de la gaieté, de la sympathie, et de la justesse à son personnage très touchant. Jean Renoir interprète le loufoque « gros ours » Octave, tout aussi attendrissant que Julien Carette, c’est l’ami de tout le monde à qui on peut se confier, un grand frère. Il interprète toutes les émotions possibles (tristesse, joie, colère) avec une superbe justesse et nous transporte dans la scène finale. Aussi bon devant que derrière la caméra. Marcel Dalio (La Grande Illusion, Casablanca, Le port De L’Angoisse) joue Robert, le marquis de Chesnaye, homme qui trompe sa femme mais avec une certaine dignité, il impose avec une sobriété, une présence, et un mépris pour les petits gens adéquats au rôle de marquis. Gaston Modot, pour finir chez les hommes, incarne l’opposé de Carette, tant dans le caractère et la situation dans le film que le physique,  le brutal et impulsif Schumacher, le garde de chasse et mari de Lisette draguée par Marceau. Chez les femmes on retiendra la participation très convaincante de la princesse d’Autriche, totalement dans son rôle de la femme du marquis, la très touchante Paulette Dubost en Lisette, et Claire Gérard en Madame La Bruyére aimée par le « rôle principal » André Jurieux interprété par le très bon Roland Toutain.


Le film est mis en scène par l’un des plus grands réalisateurs francais, voir « le » pour certains, Jean Renoir. Mécontent du système de production et du manque de liberté laissé au réalisateur, il décide de créer sa propre société de production, la NEF (Nouvelle Edition Française). Il a fallu attendre 25 ans pour que la réalisation de Renoir soit présentée comme révolutionnaire pour l’époque. Cela est du notamment à la profondeur du champ de vision, avec une utilisation particulière des arrières plans, et des longs plans séquences.  La mécanique théâtrale se retrouve dans la direction des acteurs et dans le récit de l’histoire. Renoir leur demande de jouer à la façon de la commedia dell'arte et de la place est laissée à l'improvisation pour donner plus de réalité aux personnages et donc   d'accentuer la dénonciation de Renoir sur les bourgeois de l’époque. La scène de la chasse est le symbole de la cruauté de ces derniers, la brièveté des plans de cette scène est aussi très novatrice. Le réalisme est aussi dans le décor puisque le tournage s’est déroulé en Sologne. Dans ce film, ce que dénonce en partie Jean Renoir, c’est le renfermement des la bourgeoisie de l’époque par rapport au monde qui l’entoure, d’où le fait de cette théâtralisation et de la deuxième partie du film qui est presque un huit clos. Pour donner de l’intérêt au film, Renoir s’appuie sur un ton léger avec de l’humour,(le triangle amoureux), de la gaieté, les personnages de Marceau  et Octave, et une histoire tragique. Cette dernière montre un certains pessimisme de Renoir  sur la société actuelle et sur le début de la nouvelle guerre mondiale. La réalisation de Renoir annonce déjà la Nouvelle Vague 20 ans avant le début de celle-ci. Anecdote : le montage a du être fait à plusieurs reprises par Renoir après les premières projections avec les critiques qui l’ont conseillé.


Le scénario a été écrit par Jean Renoir, pour l’histoire du triangle amoureux, il s’est inspiré des Caprices De Marianne dont il reprend un des noms des protagonistes pour son propre rôle, Octave, et le côté théâtrale de l’histoire.

Chef d’œuvre incontournable, souvent présenté comme le plus grand film français, la Règle Du Jeu tient sa force de ses performances d’acteurs exceptionnelles, de sa réalisation visionnaire et de son message sur la société et sur la guerre.



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