Critique: Nosferatu, Le Vampire

1838, dans le port suédois de Wisborg. Hutter est marié à la jeune Ellen. Son patron, Knock, notaire et agent immobilier, l'envoie dans les Carpates visiter le comte Orlock qui veut acquérir une maison à Wisborg. Avant de partir, Hutter confie Ellen à l'armateur Harding et à sa sur Annie. De relais en relais, Hutter arrive à destination. Dans la taverne où il dîne, tous les clients réagissent violemment quand il déclare qu'il doit se rendre au plus vite au château du comte Orlock. Ils lui conseillent de ne pas aller là-bas à cette heure tardive. Le lendemain, il part en direction e la demeure du comte qui parait de plus en plus étrange à Hutter
En 1922, un jeune réalisateur se lance dans la mise en scène du livre de Bram Stoker intitulé Dracula, naquit alors un des premiers chefs duvre du cinéma expressionniste allemand, mouvement important du début du cinéma. Le film sappelait Nosferatu, le jeune réalisateur était Murnau et son style marqua, à tout jamais, le cinéma.

Pour la distribution, Murnau offre les premiers rôles à Max Schreck en comte Orlock/Nosferatu, Gustav Von Wangenheim en Hutter et Greta Schröder en Ellen. Le premier en vampire est totalement terrifiant pour lépoque mais aussi complètement absurde avec son maquillage (assez exceptionnel pour le début des années 20), ses longs doigts et nez crochus, ses dents de rongeur, ses yeux perçants, et ses habits sombres. Tous les mouvements et gestes avec ses difformités en font un démon. Tout pour faire de ce rôle effrayant un monument du cinéma souvent imité mais jamais égalé (désolé Christopher Lee). Gustav Von Wangenheim joue le naïf et idéaliste Hutter pris dans cette descente en enfer, qui tentera de sauver sa vie et celle de sa femme et qui rencontrera beaucoup de difficultés (une maladie soudaine) pour revenir de cet enfer. Excellente interprétation avec toute la palette du très bon acteur (émotions, changement rapide dexpressions du visage ). On ressent parfaitement la peur du personnage qui monte au fur et à mesure quil découvre la réelle identité du comte Orlock. Greta Schröder en Ellen est tout aussi convaincante tant dans linquiétude de voir partir son amour dans un pays lointain où lattend un inconnu que dans les scènes où elle somnambule et se réveille effrayée par un lien de télépathie lorsque Hutter est mordu par le vampire. Le rôle du serviteur fou du comte Knock interprété par Alexander Granach est tout aussi excellent. Le jeu des acteurs est particulièrement expressif. Ce jeu expressif est très communicatif et participe à la réalisation de Murnau.

Friedrich Wilhelm Murnau décide de réaliser le roman de Bran Stoker, Dracula, en utilisant un style appelé Expressionisme Allemand et dont ce film sera larchétype. Cet art est visible avec les décors extérieurs pittoresques avec beaucoup de profondeurs de champs assez angoissants (paysage de Transylvanie, Wisborg lors de larrivée du vampire ), le changement de la ville de Wiborg, claire au début puis sombre après larrivée de Nosferatu. Les paysages gothiques de la ville et du château sont magnifiques et collent parfaitement à lambiance du film. Murnau utilise des effets spéciaux pour rendre le côté angoissant du film avec des filtres bleus dans les scènes extérieurs, un négatif dans la forêt de Transylvanie, les modes accélérés pour le vampire et lui donner une dimension inhumaine. Lexpressionisme joue aussi sur les ombres et lune des plus célèbres est celle où lombre de Nosferatu est démesurément agrandie. La lumière du contre jour notamment dans les scènes du bateau participe à lambiance angoissante du film. Les scènes intérieurs sont tout aussi effrayante avec un côté claustrophobe (prison, château ). Plusieurs scènes du film sont lexemple même du style de lexpressionisme allemand, comme celle où lon voit les rats qui sortent du bateau qui est la métaphore de larrivée de la peste dans la ville. Différents aspects sont présents dans le film comme lamour Hutter-Ellen, vampire-Ellen, et Hutter-Vampire (Murnau était homosexuel, le passage où le comte rend visite à Hutter la nuit), la crainte, ainsi que la terreur, est omniprésente tant chez les personnages principaux que dans les habitants de Wisborg. Tout cela, dans un noir et blanc alliant les jeux du clairs et du sombre, le premier pour Hutter et la ville de Wisborg, le second pour Nosferatu et tous les lieux où il se trouve. A noter la magnifique scène finale filmée en deux plans et dun expressionisme fabuleux. Une grande réalisation.

Le scénario est inspiré du roman de Bram Stoker, Dracula de 1897, malgré de nombreuses différences notamment dans le physique du vampire, le rapport entre Ellen et Nosferatu, la ville Londres/Wisborg et dans le les noms des personnages.
Chef duvre du cinéma allemand des années 20, Nosferatu de Murnau amorce une longue série de grands films expressionnistes comme LAurore et Faust de Murnau, M Le maudit et Métropolis de Fritz Lang, et sera une source daspiration pour de nombreux réalisateurs actuels comme Tim Burton.