Critique: Assurance Sur La Mort

Los Angeles. Walter Neff, grièvement blessé, se confie à un dictaphone. Employé dune compagnie dassurance, en accomplissant une de ses demandes, il tombe amoureux dune de ses clientes Phyllis Dietrichson, mariée à un riche homme daffaire dont elle fait signée une assurance en cas de mort accidentelle. Phyllis et Neff mettent en place un plan maléfique pour lassassiner et empocher lassurance
En 1944, Billy Wilder réalise un des chefs duvre des « films noirs », Assurance Sur La Mort, dans lequel il met en place les codes du genre et en accentuant la noirceur du film et grâce à une excellente distribution, une magnifique réalisation et un scénario béton.

La distribution fut un véritable casse tête pour Wilder, aucun acteur naccepta, au début, le scénario dAssurance Sur La Mort, car ils ne voulaient pas incarner des personnages aussi odieux et sombres. Pour le rôle de Walter Neff, Wilder pensa à George Raft et Alan Ladd, des stars de lépoque, mais se ravisa sur le moins connu, Fred MacMurray (Ouragan Sur Le Caine, Horizons Lointains, La Garçonnière, ), tandis quaprès moult réflexion et insistance de Wilder, Barbara Stanwyck (Stella Dallas, Un Cur Pris au Piège Boule De feu, ), accepta le rôle de Phyllis Dietrichson. Pour interpréter le chef de la compagnie dassurance, Wilder pris lexcellent Edward G. Robinson (Le petit César, Key Largo, Les Dix Commandements, Soleil Vert, ). Fred MacMurray joue lemployé dassurance qui rêve de faire couler la compagnie dassurance et qui tombe sous le coup de foudre dune de ses clientes qui le mènera par le bout de doigts et qui le trompera. Il est excellent dans cet homme instrument sombre, silencieux, mystérieux et sans passé, qui semble possédé par Phylies, les scènes de tension, de stress et damour sont magnifiquement jouées par MacMurray. La plus grande garce du cinéma est superbement interprétée par Stanwyck qui porte pour loccasion une perruque blonde et des lunettes de soleil pour renforcer ce côté femme fatale capable de tout pour arriver à ses fins et dont lappât du gain lemporte sur tout. Un vrai personnage de film noir quincarne parfaitement Stanwyck avec son côté glamour mais aussi manipulatrice et envouteuse, ce qui donne un nouveau point de vue du rôle de la femme fatale dans les films de ce genre. La scène du meurtre est éblouissante avec une jouissance de lactrice géniale. Les deux acteurs se complètent parfaitement jusquà la fin avec une tension magnifiquement glorifiée par ces derniers dont on ressent bien la peur des deux envers lautres. Et enfin que dire de la géniale, une nouvelle fois, interprétation dEdward G. Robinson en chef du service, Barton Keyes, qui endosse le rôle, qui lui va à merveille, du détective du film. Il prend un certain plaisir à démanteler cette affaire qui va couter cher à son entreprise. Toujours avec ses mimiques du visage, il alterne avec brios les phases sérieuses et ironiques. Du grand Robinson pour une superbe distribution.

Après des films mineurs du genre thriller, Billy Wilder (boulevard Du Crépuscule, Stalag 17 ,7 ans De Réflexions, La Garçonnière, Certains LAiment Chaud, ) se lance dans le projet dAssurance Sur La Mort, reprenant des faits réels sur un assassinat en 1927 et luvre de James Cain. Billy Wilder insère alors dans son film les codes du genre noir : le décor urbain souvent sombre (Los Angeles), des personnages principaux complexes et des secondaires autonomes (Barton Keyes), une caméra subjective, une image expressionniste en noir et blanc. La morale du film montre aussi son appartenance au genre avec sa morale fataliste : quel que soit le chemin que tu prends le destin finira par te rattraper. Le suspens, qui est enlevé dès la première scène où on apprend déjà le coupable comme un Columbo, est remplacé par cette fatalité. Le destin s'incarne d'abord dans le personnage de la femme fatale, parfaitement représentée dans ses traits les plus caractéristiques : charme physique et cupidité. Dès les premiers plans de la rencontre entre Neff et Phyllis tout est dit. Nue dans sa serviette de bain, elle le domine du haut de l'escalier, et le coup de foudre est immédiat avec le regard de Neff sur la chaîne en or sur la cheville de Phyllis. Wilder impose un rythme haletant avec des pics de tensions notamment dans la scène du meurtre, la convocation de Phyllis chez Keyes et la confrontation finale entre les deux protagonistes. De nombreuses scènes restent dans les mémoires comme le rendez-vous dans un magasin avec une magnifique réalisation de Wilder. Le noir et blanc est magnifique avec beaucoup de contrastes et un expressionisme caractérisée par la fameuse toile daraignée, souvent utilisé dans les films du genre, crée avec un jeu de lumières pour montrer que Phyllis tisse sa toile dans laquelle Neff est emprisonné. La caméra de Wilder est peu mobile pour capter les émotions des personnages et notamment la tension. Du grand art. Anecdote : Le film devait se terminer par une scène où Neff est exécuté dans une chambre à gaz mais Wilder la supprima après lavoir réalisée car il la trouvait trop forte par rapport aux autres scènes. A noter aussi la superbe musique de Miklos Rozsa qui intensifie la tension.

Le scénario est inspiré de lassassinat dAlbert Snyder par sa femme Ruth, aidée par son amant Judd Grey et du roman de James M.Cain. Il a été coécrit par Billy Wilder et Raymond Chandler.
Chef duvre et archétype du genre du « Film Noir », Assurance Sur La Mort de Billy Wilder marqua par la personnalité de la femme fatale, sa superbe distribution, son scénario intense et sa réalisation en noir et blanc magnifique. Woody Allen le présentera comme le plus grand film jamais réalisé.