Critique: To Be Or Not To Be (Jeux dangereux)

Publié le par superboubouge

A Varsovie, durant la seconde guerre mondiale, une troupe de théâtre répète une pièce mettant en scène Hitler. Le théâtre et la troupe se retrouvent au chômage tandis qu’un jeune bombardier tombe éperdument amoureux de l ‘actrice, Maria Tura. En tentant de la contacter, il découvre une opération d’espionnage sur la résistance polonaise. La troupe et Maria décide alors de jouer leur pièce en vrai…

En 1942, deux après le classique Dictateur du grand Charlie Chaplin, Ernst Lubitsch, originaire d’Allemagne, réalise cette magnifique satire, devenue un model du genre, sur la seconde guerre mondiale en employant tout son art de la comédie.

Toute d’abord, dans la distribution, on retiendra l’excellente interprétation de Jack Benny qui dans un premier temps parait totalement perdue sur sa vie professionnelle (il rêve de devenir une star et tombe dans le chômage) et sa vie de couple (sa femme attire un jeune bombardier amoureux dans sa loge), reprend vie en incarnant les rôles de la pièce « gestapo » pour démanteler ce réseau d’espionnage. Il  répète sans jamais lasser plusieurs fois la même réplique en l’accompagnant d’un rire grotesque. Les passages avec le professeur Alexander Siletsky sont tout simplement merveilleux. Carole Lombard (Mon Homme Godfrey, Train De Luxe, Joies Matrimoniales…), star de la comédie, joue Maria Tura, la femme fatale grande star su théâtre qui va utiliser son charme dans l’opération ainsi que la fausse idiote avec une conviction prodigieuse. Très bonne interprétation de Lombard qui mourut avant la sortie du film à cause d’un accident d’avion. Stanley Ridges (La Charge Fantastique) est  excellent en cynique, comique et suspicieux professeur Siletsky. Sig Ruman en lieutenant Ehrhardt, génial dans la scène où il se fait surprendre avec Maria Tura par le faux Hitler.  Le reste de la troupe est très convaincant.

Ernst Lubitsch (Haute Pègre, Ninotchka, The Shop Around The Corner…),  réalisateur de comédies satiriques, décide de se lancer sur le fait historique actuel, déjà étudié dans Ninotchka, mais sur L’URSS. Pour cela, il pose le film comme une pièce de théâtre. Les acteurs jouent des rôles d’acteurs de théâtre, le scénario est proche d’une histoire de théâtre ainsi que les dialogues… Mais Lubitsch refuse de filmer comme s’il mettait en scène une pièce de théâtre. Les scènes s’enchaînent avec des ellipses narratives rapidement avec un mordant dans les dialogues et il peut facilement appuyer ses dénonciations. Pour faire passer son message, Lubitsch opte pour les différents styles comiques propres au théâtre : répétition, situation, mot, et caractère. Tout cela en ne faisant pas un film grotesque comme ceux des excellents Marx Brother. Les allemands sont ridiculisés, il les montre brutaux, lâches et bêtes, tous autant les uns que les autres, Lubitsch s’en amuse et les rabaisse. Le fait qu’une troupe médiocre arrive à feinter tout un régiment nazi, qui domine une bonne partie de l’Europe, est un délice. Les allemands sont tout de même réalistes et sont présentés comme assez cyniques.

Le scénario a été coécrit par Melchior Lengyel  , Edwin Justus Mayer et Ernst Lubitsch. Les dialogues sont splendides, on retiendra notamment celui où le faux Siletsky demande à Ehrhardt s’il connait Tura, l’officier répond avec un grand sourire «  il massacrait Shakespeare, comme nous, la Pologne », voilà l’exemple même du style Lubitsch et de son film.   Anecdote : Carole Lombard, morte après un accident d’avion avant la sortie du film, un des dialogues de fin de film fut supprimé car cette dernière disait « Que peut-il arriver en avion ? ».

Film satirique exceptionnel, To be or not to be, est un petit bijou du cinéma et même peut être un chef d’œuvre. To be or not to be a masterpiece, that’s the question.



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